Voter, ou pas ?

WARNING : je ne suis ni « pour » ni « contre » le vote… je vous propose donc de lire mon article en vous souvenant de cette donnée, ça évitera de passer à côté du message, et je vous propose de le lire jusqu’au bout avant de vous faire une idée…

J’ai pondu cet article le 22 avril 2012, lors des élections présidentielles en France. Au final, cette donnée me semble de peu d’importance, puisqu’aussi loin que remonte ma mémoire, la situation est la même à chaque élection (municipale, législative, présidentielle, et ce quel que soit le pays).

Ce jour là, je m’étais connecté à facebook, et fatalement, entre deux douzaines d’amis qui ont posté un laconique « a voté » de circonstance, il y en a quelques uns qui m’ont  demandé pour qui j’avais voté.

Quand on me pose cette question, je réponds souvent que je n’ai pas de raison de voter. Et parfois, ça suscite la même émotion chez  que si j’avais avoué avoir vendu des juifs aux nazis sous l’occupation… A force, je suis habitué, car ça fait quelques années que je ne le fais plus (je parle du vote, hein… pas de vendre des juifs à l’occupant), mais je ne me lasse pas de constater que pour beaucoup des gens que je rencontre, le vote est un sujet teinté de beaucoup d’émotions

Pour certains, la nécessité de voter est une évidence, et celui qui ne vote pas est irresponsable… Pour d’autres, voter est une mascarade, et c’est celui qui va voter qui est irresponsable. M’enfin dans les deux cas, on est prêt à s’engueuler passionnément pour défendre une évidence qui paraît plus évidente que l’évidence du gars avec qui on s’engueule…

Alors du coup, plutôt que de parler de ça sur facebook, où l’attention est en général faible, morcelée, et potentiellement diminuée par 25 personnes qui trollent le débat sans l’avoir lu ou compris, j’ai pondu un article…

Quelles raisons de ne pas voter ?

Le système ne propose pas vraiment de choix

Souvent, quand on parle d’hypnose, on pense surtout à l’hypnose de spectacle où un hypnotiseur prend un volontaire et lui fait faire le canard sur scène… mais l’hypnose est loin de se limiter à ça : en fait, l’état de transe hypnotique est surtout un état dans lequel on est très perméable à la suggestion, même si l’on est insensible à l’hypnose de spectacle.

Cet état de transe peut être créé de nombreuses manières différentes :

  • en saturant le cerveau d’informations inutiles (la mémoire à court-terme peut gérer environ 7 éléments à la fois, ensuite, les informations passent dans l’inconscient et son plus difficiles à analyser consciemment).
  • en utilisant des mécanismes de psychologie de l’influence (qui ont été très bien vulgarisés par des auteurs comme Cialdini, ou Beauvois)
  • ou encore en adoptant une communication biaisée par un présupposé ou une vision du monde qui nous arrange (ça a été pas mal cartographié dans la sémantique générale)

Cette dernière manière de générer la transe était particulièrement utilisée par Milton Erickson, fondateur de l’hypnose éricksonienne, quand il accueillait ses patients dans son cabinet, en leur disant un truc du style :

« vous préférez que je vous mette sous hypnose maintenant,
ou alors vous voulez vous détendre cinq minutes d’abord ? »

Il utilisait ainsi la célèbre technique du choix illusoire : on propose un choix apparent à quelqu’un, mais les deux alternatives vont mener au final à la même chose. En fait, une telle question présuppose qu’il n’est pas possible de choisir autre chose que ce qui est proposé : si quelqu’un accepte de restreindre ses choix à ce qui est proposé sans se demander s’il y aurait d’autres choix possibles, la technique d’hypnose est déjà en train de fonctionner.

Cette technique pose évidemment des questions éthiques, même si elle est utilisée par un thérapeute bienveillant, et même si elle est utilisée sur des patients qui en font la demande.

Quel rapport avec le vote dit « démocratique », me direz-vous ?

Et bien c’est à peu près ce qu’on vit dans le système politique actuel, à ceci près que ça se passe à plus grande échelle, et peut-être pas forcément de manière bienveillante : quand on est électeur, on a le choix entre un président de droite ou de gauche, mais n’aurait-on pas d’autres choix ? Finalement, on a quand même le droit de se demander s’il est pertinent de choisir tout court…

Après tout, on parle d’un gouvernement qui nous demande de voter pour un président, mais on ne nous a jamais demandé si on est d’accord pour avoir un président… On incite un citoyen à voter « gauche » ou « droite », mais peut-être aurait-il envie d’exprimer autre chose, non ? La plupart des gens que j’ai rencontrés ne se posent pas la question, et vont sagement voter.

Pour quelqu’un qui connaîtrait donc un peu cette école d’hypnose, le fait de ne pas voter, et non simplement de voter blanc, serait une manière de méta-communiquer, c’est à dire de communiquer avec un point de vue plus large que la question proposée. Ne pas voter, c’est potentiellement exprimer que l’on n’est pas d’accord avec une restriction de choix.

Et j’insiste : il y a une différence fondamentale entre le vote blanc et l’abstention, en ce sens que le vote blanc conduit quand même à valider le système. Certes, on dit, en votant blanc, qu’on n’est pas satisfait des choix proposés, mais ça part du postulat que le vote va de soi. Cela dit, de moins en moins de gens sont sensibles à cette hypnose, puisque le taux d’abstention ne cesse de monter  (au point que certains politiciens veulent rendre le vote obligatoire). Cela ne veut pas forcément dire que les gens s’abstiennent de voter dans le but de méta-communiquer, mais cela signifie au moins que la pratique consistant à aller voter de manière automatique ne va plus de soi.

Cette analyse est également valable quel que soit le pays et quelle que soit l’élection à notre époque (on ne parle, bien sûr, pas d’une élection dans laquelle tous les participants sont d’accord pour voter).

Par ailleurs, il existe des particularités qui font qu’en pratique, le choix est souvent encore plus restreint : certains pays exigent d’un candidat qu’il soit parrainé par d’autres politiciens et parfois, les candidats totalisant le plus de voix voient même leurs frais de campagne remboursés : en gros, ça empêche tout changement significatif via le vote, puisque ceux qui sont déjà implantés dans le système ont un avantage conséquent par rapport aux nouveaux concurrents… D’ailleurs, les partis opposés manifestent souvent un désaccord idéologique de surface, mais les mesures prises pour traiter des questions de fond (notamment à grande échelle) sont de plus en plus similaires au fur et à mesure des élections : une étude de 2009 a montré que, concernant les choix politiques à l’échelle de l’Europe, les partis opposés majoritaires avaient…. 97% de leurs décisions en commun…

Le clivage entre deux tendances opposées (avec quelques outsiders médiatisés) participe à la puissance du choix illusoire dont je parlais plus tôt. Ce modèle de la réalité est somme toute assez simpliste (le diagramme de Nolan, par exemple, a aussi ses propres limitations, mais permet déjà de rendre compte de la diversité des partis politiques au dela de la dichotomie gauche-droite utilisée souvent par les médias).

Cela dit, le choix illusoire reste tout aussi puissant, même avec un grand nombre de choix (au contraire, d’ailleurs, ça peut augmenter le sentiment de liberté).

Le dernier souci, enfin, c’est que même si le vote était annulé par une forte proportion de votes blancs comme cela est proposé par certains politiciens, cela ne conduirait qu’à recommencer à voter jusqu’à ce qu’un des choix illusoire soit adopté…

Voter ne fait que reconduire un système et ne permet donc pas de changer les choses

Pendant la guerre de Corée, des expériences sur les prisonniers ont été menées et ont eu des résultats étonnants… Ces constatations ont donné lieu à plein d’autres études en psychologie sociale qui vont dans le même sens : on s’est aperçu qu’en acceptant de faire partie d’un système, même avec le but de le changer de l’intérieur, on est obligé d’en introjecter une partie en soi…

Même si c’est « pour de faux », même si on se blinde psychologiquement pour ne pas adhérer à la doctrine du système, et même si on ne fait que singer le comportement de surface des gens qui y croient, on finit par y croire soi-même…

Partant de là, il est extrêmement difficile de pouvoir changer un système dont on a intégré le fonctionnement et dont on joue le jeu… C’est sûrement possible, mais en acceptant de voter pour changer le système de l’intérieur, on prend le risque de retomber dans la transe hypnotique dont je parlais plus haut, et on prend le risque de s’identifier à un candidat et à le défendre sauvagement au point d’oublier qu’on était surtout venu pour changer le système de l’intérieur.

En plus, à l’heure actuelle, voter n’est pas vraiment obligatoire : on n’est pas puni parce qu’on ne vote pas, et quand on vote, la récompense est somme toute très abstraite (on a le sentiment d’avoir accompli un devoir civique, et éventuellement, on voit son candidat accéder au pouvoir, sans forcément tenir ses promesses). Ce que je viens d’écrire peut sembler anodin, mais le fait qu’il n’y ait pas de réelle sanction ou récompense fait que les votants ont tendance à justifier leur comportement de vote simplement par un engagement en faveur du vote. Ce mécanisme est bien connu des théoriciens de l’engagement psychologique (un autre ouvrage de Jean-Léon Beauvois en parle beaucoup).

Alors peut-être que toi qui me lis, tu es de la trempe de ceux qui peuvent résister à ce genre d’influence psychologique : je te le souhaite… mais tout le monde pense en être capable… Or les données d’études sont assez nombreuses pour montrer que l’humain moyen n’agit pas aussi librement qu’il souhaiterait le faire…

Il faut  garder à l’esprit que nous sommes des humains, faillibles, et que ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir vraiment changer le système de l’intérieur… D’autres auteurs de psychologie sociale que Cialdini ou Beauvois pourraient, bien sûr, expliquer pourquoi il est globalement voué à l’échec de voter en espérant changer le système de l’intérieur.

Refuser de voter peut donc aussi être un moyen de ne pas jouer ce jeu là.

Structurellement, ce système n’est pas fait pour garantir les intérêts des citoyens

Pour arriver là où il en est, celui ou celle qui accède à la présidence de la république a des tripes et la tête dure… Parce que mener une campagne présidentielle, c’est épuisant…

Le premier problème, du coup, c’est que la personne qui va arriver à la tête du pays ne va pas être fondamentalement la personne la plus qualifiée pour gouverner… Elle sera certainement la personne la plus compétente pour accéder au pouvoir, mais est-ce que ça veut dire qu’elle saura l’exercer ? Vraiment pas sûr… Car au final, exercer le poste de président de la république revient un peu à être le serviteur d’une nation… Je dis pas que ce n’est pas compatible avec le fait d’avoir les dents longues, et une envie d’être au pouvoir, mais ça veut dire qu’il faut une éthique hallucinante pour pouvoir avoir à la fois le sens du service au peuple ET ce qu’il faut pour accéder au pouvoir en termes de pugnacité face aux autres candidats…

Mais cette éthique, est-il même possible de l’avoir ? De nombreuses études de psychologie sociale prouvent que, d’une manière générale, plus on a de pouvoir, plus on en abuse… On pourrait grandement nuancer ce propos avec des apports de sciences humaines comme la spirale dynamique, car il existe des gens n’abusant pas de leur pouvoir… Manque de bol, ce sont souvent ceux qui n’ont pas envie d’être placés à la tête d’une nation… Ces personnes sont actuellement peu nombreuses et préfèrent en général d’autres moyens d’action que le fait de suivre les rails de notre gouvernement. Cela dit leur nombre augmente, et j’ai l’intuition que quand ils seront très nombreux, à se reconnaître entre eux et à se soutenir socialement, plus aucun gouvernement ne sera en mesure d’oppresser qui que ce soit, mais je ne verrai peut-être pas ça de mon vivant, et peut-être que je me trompe…

Mais bon, revenons ici et maintenant, et admettons que le politicien qui veut être président ait vraiment envie d’améliorer la vie de ses congénères sans abuser de son pouvoir… Admettons qu’il a aussi ce qu’il faut dans le ventre pour gagner face à tous les politiciens un peu ripoux qui se  dresseront contre lui… Admettons qu’il aura aussi ce qu’il faut pour résister aux intimidations des lobbys industriels divers… Et enfin, admettons qu’il ait cette éthique hallucinante… Admettons qu’il ne s’allie qu’avec des gens proches de lui idéologiquement, et non pas pour des raisons « politiques » (dieu que le choix de ce mot, dans l’expression populaire, exprime bien la réalité)…

Bon… admettons (on commence à paraphraser Jean-Marie Bigard et son sketch de la chauve-souris…)… et réalisons à quel point c’est improbable…

Imaginons deux secondes la somme d’énergie qu’il faut dépenser pour un politicien pour arriver à la présidence avec toutes ces contraintes, alors que ses adversaires n’ont pas ces contraintes-là : se présenter à la présidentielle sans être corrompu, c’est possible… mais gagner la présidentielle en étant intègre, cela revient à faire une course avec une jambe cassée contre des athlètes valides et dopés…

On pourrait alors défendre un candidat qui accepte de se corrompre pour accéder au pouvoir en disant « il doit lutter à armes égales, et au pire, changer de comportement une fois élu »… Mais c’est encore une fois partir du postulat qu’il peut changer, et a priori, les sciences humaines sont moins optimistes à ce sujet que les votants trouvant des excuses à leur candidat… Mais comme je le disais plus haut, si on accepte de jouer le jeu dès le début, il y a très peu de chances qu’on puisse se libérer du carcan dans lequel on a accepté de s’enfermer, surtout si le système nous donne de la reconnaissance et du pouvoir…

Faut se mettre à la place des politiciens qui veulent être élus : pourquoi changeraient-ils un système dont ils tirent de la reconnaissance et du profit financier ? et pourquoi changeraient-ils ce système alors qu’ils y ont investi une quantité d’énergie considérable ?

 

« intérêt général » contre « loi du plus fort »

Souvent, les gens pensent que voter permet de lutter contre la loi du plus fort, que cela permet pour de vrai de filer au pays un destin conforme à l’intérêt général…

Et là, je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai un énorme problème d’éthique à l’idée d’imposer ma vision du monde à une partie de la population qui n’a pas mes valeurs… ça me pose un énorme problème d’éthique d’autant plus que je n’ai strictement aucune raison de forcer d’autres gens à vivre selon mes standards qui ne regardent que moi…

Quel que soit le modèle, en France, en Amérique, ou ailleurs, on vote pour soi et clairement pas pour un intérêt commun, et on espère juste qu’on se trouvera du côté de la barrière où nous sommes les plus nombreux…

Cela veut dire, quelque part, que l’on accepte qu’un président aille donc, en notre nom, léser une partie de la population qui n’a pas les mêmes valeurs que nous (on pourrait rajouter dans la boucle qu’un président qui tient ses promesses, c’est aussi rare qu’une licorne à deux têtes, mais ça ne rentre même pas en ligne de compte, je pars vraiment du principe que le président tient ses promesses de réformes).

Car on parle bien de léser des gens, là : si un président n’avait que pour but de défendre des droits applicables universellement en interdisant les vols, les meurtres, les viols, etc… on n’aurait pas grand chose à dire puisque ces lois peuvent être offertes à tout le monde de manière égale, et du coup, le reality-show de mauvais goût qu’est la scène politique n’aurait pas lieu d’être…

Mais quel candidat à la présidentielle se contenterait, pour être élu, de promettre simplement le respect de ces droits naturels ?

Les droits naturels, ce sont les droits fondamentaux des humains, par opposition au droit positif, qui regroupe les lois établies pour faciliter la vie ensemble, comme le code de la route, par exemple… (je résume grossièrement et vous invite à vous documenter à ce sujet=)

La plupart des candidats basent leur programme sur la promesse de faux droits à une catégorie de la population, en espérant que cette catégorie sera la majorité des votants. En philosophie du droit, un faux-droit est un droit qu’il est impossible d’exercer sans violer les droits fondamentaux d’un autre individu (en gros, un droit positif qui viole le droit naturel d’une partie de la population).

Par exemple, le droit à la santé, au logement, à l’éducation, au travail, à la vie, ou à l’euthanasie, sont bien souvent des faux droits puisqu’il faut forcer quelqu’un à exaucernotre demande (en gros : devant un tribunal, exercer un faux droit revient à condamner quelqu’un à vous embaucher, vous consacrer du temps, vous donner de l’argent, ou vous soigner sous prétexte que vous avez « droit à » quelque chose). Et le fait d’imposer ces faux droits me pose un souci d’éthique (n’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas dit et mesurez avec attention ce que j’écris : je souhaite de tout mon cœur aider mes frères humains à accéder à la santé, au logement décent, à un travail qui leur plait, et je consacre plein de temps et d’argent chaque mois à aider mon prochain, mais je le fais de manière spontanée, pas forcée… et ce n’est pas parce que moi, ça me touche qu’un candidat ait ces valeurs là, que je veux les imposer aux autres, je ne suis personne pour le faire)

Et notez que ces faux droits sont présents à droite comme à gauche, chez tout le monde : certains promettent plus de logements en taxant les salauds qui gagnent plus d’argent sans se poser la question de savoir ce qu’ils ont fait pour en arriver là… certains promettent de punir ceux qui ne travaillent pas en les traitant de parasites… certains promettent plus de sécurité en intensifiant les violations de la vie privée… d’autres promettent une France aux Français pour essayer de jouer sur la peur de l’autre… bref, chacun y va de sa stratégie personnelle pour récupérer des voix, et c’est de bonne guerre vu les enjeux qu’ils ont… Mais nous, les autres ? On va jouer le jeu encore longtemps ? on va accepter encore longtemps de voter et de se ranger derrière un gars qui veut le pouvoir en sachant qu’au mieux, on sera 51% de la population à en enculer 49 ? Et si en plus on est réaliste, on se rappelle que ça n’arrive jamais d’avoir un tel taux et que, même sans compter les votes blancs et abstentions, les présidents sont élus avec au mieux 30 % des votants au premier tour… ça laisse songeur, non ?

Au delà des faux droits, voter cautionne aussi un système dans lequel on est d’accord pour interdire certaines pratiques qui ne nuisent pas aux droits fondamentaux des gens (c’est à dire qui ne les blesse pas physiquement, qui ne leur enlève pas leur propriété, et qui ne les contraint pas à agir contre leur volonté). Ainsi, de nombreux candidats espèrent être élus ou réélus en jouant sur le fait que les lois votées vont stigmatiser d’autres citoyens…

Cette technique qui consiste à diviser pour mieux régner contribue en plus à rendre les gens plus intolérants, puisque quelque part, ils vont aller voter pour le candidat qui va emmerder celui qui ne vit pas comme eux : personnellement, quand mes standards sont malmenés et que je suis choqué face à quelqu’un qui ne les partage pas, je pense plutôt à me donner de l’empathie, à voir ce qui fait que je suis emmerdé intérieurement… là, comme ça, il ne me viendrait pas à l’esprit de voter une loi contre l’autre qui ne vit pas comme moi.

C’est sûr que c’est plus facile de s’en remettre à l’état plutôt que de regarder au fond de soi et de dire « mais si l’autre gêne alors qu’il ne me force pas à faire pareil, et que la seule chose qui m’est imposée, c’est de voir sa différence… c’est peut-être moi qui devrais me remettre en question… »

Bon, allez, pour finir, je vous livre un petit florilège des lois liberticides que notre gouvernement finance avec les impôts (et donc via le résultat des votes) :

  • interdiction de porter certains vêtements (tout vêtement masquant le visage… on peut penser que ça sert à stigmatiser les musulmans et à créer de la peur, m’enfin musulman ou non, pourquoi interdire de masquer son visage ? je ne vois que des procès d’intention basés sur une peur irrationnelle pour cautionner une telle loi…)
  • interdiction de consommer certaines substances comme le cannabis (le fait que cela puisse être nocif ne regarde pas l’état : chacun est libre de choisir comment il flingue sa santé… surtout que dans ce cas là, l’état ne fait rien contre ceux qui importent un tas de produits plus nocifs que le cannabis… et par ailleurs, la justice étatique a aussi tenté de condamner des associations offrant des semences sans danger pour la santé)
  • autorisation de s’introduire dans la vie privée des gens (la loi ACTA, ou la loi HADOPI, par exemple, qui ont été tristement célèbres sur internet)
  • financement de guerres à l’étranger (en 2013, l’état français faisait encore la guerre au Mali contre les Islamistes, parce que le pays peut-être rentable à exploiter… ce qui est marrant, c’est que cet état, par contre, aide ces mêmes islamistes en Syrie par ailleurs… on croit rêver…)
  • exploitation de la misère humaine (nous, les occidentaux, on a longtemps prêté de l’argent aux pays africains pour qu’ils nous achètent des armes et mènent les guerres qui nous assuraient le contrôle de leurs ressources)
  • frasques et train de vie luxueux de nos présidents (tous, sans exception, et ça ne va pas en s’améliorant : Chirac et Sarkozy ont mis la barre très très haut par rapport aux autres, car effectivement, le premier avec un coup de fourchette balèze, et le second avait un goût pour le luxe démeusuré… on se souviendra de son jet FALCON privé pharaonique avec une cafetière coûtant un an de salaire à l’un de ses électeurs… François Hollande qui l’a remplacé, même s’il se cachait derrière un slogan de président normal, a vite apprécié le palais de l’Elysée avec des serviteurs aux gants blancs qui lui ouvrent les portes, d’autres qui lui font la cuisine à toute heure, et d’autres qui font la cuisine pour ceux qui font la cuisine… il a eu des ministres circulant à vélo pour avoir l’air plus populaire, mais ces ministres monopolisaient deux gardes du corps pour le faire, et ainsi de suite…)
  • remboursement d’une dette que l’état fabrique lui même et soumission à un système financier entérinant ce système (une loi en 1936, la loi de 1973, le traité de Maastricht, celui de Lisbonne…). Pour ceux qui pensent que leurs impôts financent des routes (non, parce que c’est souvent ce qu’on entend comme première défense aux impôts, « faut bien des routes ! », mais de fait, la majorité des impôts sert à rembourser une dette virtuelle)
  • imposition à tous d’une scolarité obligatoire qui est loin d’être quelque chose qui va de soi : il n’y a pas de raison de forcer quelqu’un à acquérir des connaissances par le biais de l’éducation nationale, surtout quand on voit que l’école sert actuellement plus à formater les gens à la société qui les attend qu’à leur transmettre des connaissances.
  • un tas d’autres lois basées sur des croyances (de la subjectivité en intraveineuse) érigées en référence absolue… Je dis pas que c’est mal d’avoir des croyances, je dis juste que ça me semble poser un petit souci d’éthique quand on se permet de les imposer alors que manifestement elles ne sont pas universelles (des lois comme celle qui interdit à un humain d’être torse nu à moins d’être proche d’une plage, et j’en passe…)
  • et pour finir, évidemment, redistribution forcée des ressources sous forme d’impôts, de taxes, et de contributions forcées… On a souvent tendance, d’ailleurs, à aller voter pour punir le salaud qui gagne plus, ou pour payer moins, nous mêmes, en filant moins d’aide à celui qui gagne moins… Mais fondamentalement, l’impôt, s’il n’est pas consenti, c’est du vol… d’autant plus qu’il est impossible de refuser de payer si l’argent est utilisé contre vos valeurs morales… l’état procédera tout simplement à ce qu’on appelle un ATD et vous n’aurez aucun recours en justice… Bref… le système d’imposition, cautionné par le vote, est un truc qui me pose là aussi un énorme problème d’éthique… (pour info, actuellement, je vis dans la tranche des gens non imposables car mes revenus sont plutôt faibles… merci de ne pas me faire subir le méprisant préjugé consistant à me ranger dans la case « gros porc de riche qui ne veut pas partager »… encore une fois, je partage mes ressources spontanément avec plein de gens dans le besoin, le problème n’est pas de partager mais d’être forcé à le faire… c’est une histoire d’éthique)

je pense que le dossier est assez lourd pour que je puisse me permettre de dire que je ne vote pas parce que le pouvoir de coercition contenu dans le vote est gigantesque et que je ne veux pas faire usage d’un tel pouvoir sur un autre être humain, ou alors certainement pas sous couvert d’une belle image de société démocratique.

Au final, la loi de la majorité est une loi du plus fort qui ne dit pas son nom…

Le vote ne permet pas d’exprimer les préférences collectives, c’est mathématique

En 1951, un économiste américain du nom de Kenneth J. Arrow a mis en place une démonstration très rigoureuse, montrant qu’il est impossible qu’un vote à la majorité soit démocratique s’il y a plus de deux choix.

En théorie, donc, un vote à la majorité ne peut être démocratique que s’il n’y a QUE deux choix et seulement ceux-là : donc s’il n’y a que deux candidats et pas de candidats écrémés avant leur passage pour tricher et faire qu’il y a deux candidats, et si ces candidats ne sont pas un choix illusoire pour masquer d’autres choix possibles.

Ce n’est donc pas un cas systématique, puisqu’il y a UN cas dans lequel ce théorème ne s’applique pas… Mais comme ce cas ne s’est, à ma connaissance, jamais présenté dans l’histoire des élections présidentielles du monde, et qu’il n’est pas non plus présent dans les élections de cette année, je me permets de considérer l’argument comme pertinent (c’est peu probable que ce cas particulier se produise dans notre société, je pense).

Concrètement, Arrow a demandé à des défenseurs de la démocratie les conditions qu’il faudrait réunir pour qu’un vote soit démocratique… Il n’a donc pas triché en les posant lui même, elles lui étaient imposées… Les conditions revenant étant toujours les mêmes, il a donc ensuite fait une démonstration pour montrer que ces conditions étaient incompatibles entre elles…

En 1972, cette démonstration lui a valu le Nobel d’économie (enfin, pour être tâtillon, ça s’appelle le « prix d’économie de la banque de Suède en la mémoire d’Alfred Nobel », car la fondation des prix Nobel ne comptait pas le prix d’éonomie à la base)

Si la démonstration vulgarisée vous intéresse, sans même faire de maths, voici celle de Mickaël Mithra, qui le démontre finement.

Si vous voulez en savoir plus, il est également possible de trouver ses livres (ardus si on n’a pas fait de mathématiques au delà du bac, par exemple « analyse économique de la vie politique« ), ou un résumé sur wikipédia, que je ne trouve pas forcément très clair.

Il ne faut donc pas voter

Certaines personnes ont lu cet article à moitié, en s’arrêtant quand le propos devenait trop horrible (putain, c’est dire si c’est émotionnellement fort, comme sujet). Du coup, elles en viennent à penser que je proscris le vote. Pourtant, je n’ai jamais écrit « je suis contre le vote »…

euh… enfin…

là je viens de l’écrire, mais c’était pour dire que je l’avais pas écrit, et… ah merde, je me suis fait avoir, tiens !

Plus sérieusement, non, je ne suis pas contre le vote. Pas plus que je ne suis catégoriquement « pour » : comme dans beaucoup de pans de l’existence, je pense que la pertinence de ce choix ne réside pas tant dans ce que l’on fait que dans la lucidité qu’on a sur soi-même quand on le fait…

J’ai exprimé des raisons de ne pas voter, que je pense être plus nuancées et pertinentes qu’un refus de voter catégorique sur la base de la croyance que « le vote, c’est mal » (ne pas voter pour cette raison là serait encore s’hypnotiser tout seul)…

Je pense qu’il y a plein de justifications totalement fallacieuses et irrationnelles du vote, et qu’il serait dommage de voter au nom de certaines croyances, telles que :

  • la croyance en une nation, en une culture (comme si le réel n’était pas là devant nos yeux pour nous montrer qu’avant d’être « des français », « des arabes »; « des riches », « des pauvres », nos concitoyens sont surtout des humains). Si on y réfléchit, ça ne tient pas une seconde, et le fait de parler la même langue ne justifie pas qu’on impose une loi à tout le monde. La nation, l’état, sont des entités conceptuelles, intellectuelles, qui n’existent que quand on y croit (bon, après, ceux qui y croient et qui veulent imposer leur volonté, eux, sont bien réels). il y a tout un délire avec l’identité nationale, en France et ailleurs… On voit bien, avec tous ces électeurs se bouffant le nez et se ralliant sous une bannière, qu’on est incapable, vraiment, de définir des valeurs communes, une culture commune, ou une identité commune… Et pourtant, c’est pas un scoop, on arrive à partager le même territoire sans en crever… Il serait peut-être temps de s’ouvrir à l’autre et de l’accepter comme il est plutôt que de chercher à le formater dans une « identité commune » sans aucun sens… Il serait peut-être temps de chercher à coopérer avec l’autre de manière volontaire, plutôt que de le contraindre à coopérer avec nous par le vote… il serait peut-être temps de constater que nous serons toujours différents et que cela fait notre richesse, et qu’habiter les uns à côté des autres en parlant la même langue ne suffit pas à justifier le formatage sous la coupe d’un politicien quelconque…
  • la croyance qu’il y doit y avoir des valeurs que l’on force les autres à adopter car elles sont les seules « vraies valeurs »
  • la croyance qu’il existe un intérêt général définissable qu’un individu pourrait satisfaire. Je vais me permettre de faire un peu de pensée trans-rationnelle : on a bien vu que l’intérêt général est difficilement assimilable à l’intérêt du plus grand nombre, surtout dans un système basé sur le vote à la majorité (cf mes considérations précédentes). Néanmoins, il est possible d’imaginer qu’on puisse calculer un intérêt général mathématique (en gros, une situation ou les gains sont optimisés pour tout le monde et où le profit collectif est maximal, on pourrait appeler ça un équilibre de Nash, en maths). Mais le souci, c’est que, pour identifier toutes les variables de cette gigantesque et complexe équation, il est possible qu’il faille plus de temps que pour solutionner l’équation elle-même (c’est en général là qu’on fait le deuil d’une rationalité mécaniste permanente… on peut se permettre, parfois, d’être pleinement conscient, mais certains éléments de notre monde sont trop complexes pour être abordés consciemment)… En tout cas, les meilleurs ordinateurs militaires de notre époque ne peuvent pas résoudre cette équation, faute de puissance. Du coup, à ce niveau là, il est probablement plus logique de laisser la coopération se faire par le hasard des choix individuels, que par des choix imposés à la collectivité par un individu. Si vous ne comprenez pas comment ça fonctionne, je vous en prie, faites-vous une faveur, lisez le simple et excellent livre de Laszlo Mero : Les aléas de la raison, qui parle de la théorie des jeux, dont les applications à l’ensemble de la vie humaine sont gigantesques. Et pour revenir à la base de mon point : pour l’instant, personne n’a réussi à définir objectivement ce fameux intérêt général sur lequel on se base pour justifier le fait que le vote à la majorité lèse une partie de la population.
  • la croyance que si on n’a pas de système imposé à tout le monde, les gens ne seront pas capables de se gouverner eux-mêmes, de collaborer, d’être ouverts d’esprit. Souvent, dans des études de psychologie, on voit que la majorité des individus de notre société se montrent enclins à prendre soin d’autrui, mais ont souvent la croyance qu’autrui ne le fera pas pour eux… Et vu que beaucoup d’individus se croient seuls à être comme ça, cela ne facilite pas l’apparition d’un monde où on se laisse aller à collaborer.
  • la croyance qu’on ne survivra pas sans un papa psychologique qui nous protège du monde extérieur… Tant qu’on n’est pas un minimum conscient de cette peur de vivre sans quelqu’un pour nous contrôler, on peut éprouver d’énormes difficultés à concevoir le monde sans un gouvernant… Je souris en pensant quand même que le monde va mieux qu’avant de ce point de vue là, et que ceux qui sont trop blessés pour régler leurs traumatismes et changer de point de vue mourront un jour de vieillesse, de sorte que la transition se fera pacifiquement. Souvent, on voit l’état comme un garde fou, comme un papa psychologique permettant de pourvoir à nos besoins, et de nous protéger contre l’anarchie qui submergerait le monde s’il n’était pas là… Il serait peut-être pertinent de réaliser que l’état propose souvent des solutions à des soucis qu’il créé lui-même, et qu’en plus de cela, l’état nous infantilise pour maintenir en place le pouvoir d’un petit cercle d’élus… on pourrait encore écrire tout un billet là dessus…

Et en dehors de ces croyances, je pense que le vote, même s’il a somme toute peu de pouvoir de changement, porte une charge importante d’impact sur autrui, et que pour cette raison là, il faut le faire en étant présent à soi-même, et pas en rationalisant une émotion (si le concept vous intéresse, j’en parle ici).

Voter implique également de s’être documenté sérieusement (la plupart des gens se contente de voter pour le candidat qui les a touchés émotionnellement, pas rationnellement).

De même, il me semble que voter pour satisfaire un locus de contrôle, est une stratégie qui n’est payante ni pour la société, ni pour la personne qui vote. Pour la société, parce que voter pour se sentir en contrôle empêche d’avoir conscience de son impact réel sur le monde, et pour l’individu, parce que la personne se donne une illusion de contrôle plutôt que de faire face à la peur d’être hors de contrôle, et donc elle loupe une belle opportunité de se rencontrer elle-même, spirituellement.

Voter pour satisfaire l’image qu’on a de soi-même et se cultiver un faux-self emprunt de civisme est aussi un joli piège dont il vaudrait mieux être conscient. Et on pourrait dire la même chose à propos du vote « pour honorer le combat de nos ancêtres qui se sont battus pour ce droit » : ce n’est pas parce que ce système a eu son utilité à un instant T qu’il faut y aller de manière automatique, sous prétexte qu’on y est habitué.

Je pense aussi qu’il est absurde de voter en disant que c’est le système le moins mauvais, ou qu’il y a quelque chose de pire ailleurs… Cet argument est souvent utilisé, en citant la phrase de Churchill, qui disait que la démocratie est le moins pire de tous les systèmes (il a aussi écrit qu’il suffisait de discuter 5 minutes avec l’électorat moyen pour être dégoûté de la démocratie, si on va par à et qu’on cherche l’argument massue). Si on y réfléchit deux minutes, on s’aperçoit que cet argument est basé sur la croyance qu’aucun progrès n’est possible et qu’aucun autre système ne pourrait être mis en place.

Alors, pourquoi aller voter ?

On peut voter, ET être conscient qu’on impose sa volonté à autrui…

On peut voter, et se dire qu’ici et maintenant, les solutions alternatives au vote ne sont pas compréhensibles par la majorité des individus, alors autant voter pour le candidat le moins pire en attendant que l’humanité soit prête à autre chose… mais ce sera alors en conscience, pas en auto-justification.

On peut voter en se disant qu’on n’est pas d’accord avec tout ce que propose un candidat, mais que potentiellement, un point de son programme mérite du soutien…

En fait, on peut voter tout le temps, je pense juste que si on pose sa conscience sur les émotions, les tensions qui nous poussent à voter, on n’a, la plupart du temps, pas de raison de le faire dans notre société…

Et là encore, je ne suis pas « contre le vote », mais je constate que c’est bien souvent hors de propos… C’est surtout une histoire de conscience, plus que d’éthique, et je constate qu’en conscience, peu de gens veulent aller voter, et que ceux qui le font n’ont aucune certitude de représenter la vérité.

En fait, quelque part, la première chose à faire pour voter intelligemment, c’est se donner le droit de ne pas voter, et considérer que voter ne va pas de soi.

Bon, mais alors, tu proposes quoi, à la place ?

C’est une demande absurde, mais je la lis souvent, sur les réseaux sociaux : je ne suis pas tenu de proposer une solution au problème : me demander de le faire alors que ce n’est pas moi qui veux imposer ma vision à autrui est un sophisme d’inversion de la charge de la preuve.

Maintenant, il se trouve que des évolutions possibles de notre société existent, et elles seraient moins dysfonctionnelles que la société actuelle et permettraient de réduire un peu le sens que le vote a dans notre société…

Si on sort de cette croyance qu’il faut un gouvernement, que reste-t-il ? Biensûr, certains vont s’exclamer « ha mais il faut des lois, comment pourrait-on vivre ensemble, il faut bien que quelqu’un décide, donc il faut un gouvernement ! »

Depuis 1976, et la théorie du gène égoiste, on s’est aperçus que la notion de « nature humaine » a du plomb dans l’aile : visiblement, la nature humaine n’est pas figée. Là où les croyances précédant ces recherches cautionnaient tout le délire sur le fait que l’humain est perverti par la société, ou au contraire est incapable de se gouverner seul parce que mauvais par nature, des disciplines telles que la mémétique ou la spirale dynamique tendent à montrer que la nature humaine évolue constamment.

Au delà de notre patrimoine génétique, nous évoluons culturellement, et intégrons de nouveaux schémas de pensée.

Et à l’heure actuelle, il existe un schéma de pensée qui se répand à vitesse grand V sur cette planète : on peut le voir naître chez certains humains, qui commencent à avoir conscience de leur impact, qui utilisent une pensée relativiste, et qui sont capables de mener des échanges avec d’autres humains sur la base de relations gagnant-gagnant…

Il se trouve qu’en voyant le monde depuis ce schéma de pensée, des individus sont capables de s’organiser spontanément entre eux dans une société égalitaire, où l’organisation n’est plus pyramidale mais circulaire, et où les individus se considèrent comme égaux, non pas parce que des lois le disent, ou parce qu’un état cherche à rendre les gens égaux, non non… ils se considèrent comme égaux simplement parce qu’ils partagent la même planète et qu’en tant qu’humains, ils se respectent… Ils cherchent à se comprendre fondamentalement, et à prendre en compte autrui dans leurs prises de décisions…

Pour ceux qui en doutent en disant que c’est une utopie, nous pouvons citer quelques réalisations concrètes basées sur ces paradigmes : WikipédiaLinux, des monnaies alternativesFirefoxKivatriodos, les zones de gratuité, ou les potagers urbains…… bref, des encyclopédies, des systèmes d’exploitation gratuits et performants, des navigateurs, des banques… on parle même de revenus inconditionnels et il y a même des alternatives au système monétaire actuel, ou encore des voitures fabriquées selon ce même mode de pensée, en atteignant des niveaux d’efficacité supérieurs à bien des modèles industriels actuels…

Viendra un moment où ce schéma de pensée sera assez important pour qu’il soit impossible pour un gouvernement de survivre sans l’utiliser… mais à ce moment là, le vote commencera à perdre de son importance, ou sera au contraire utilisé avec une conscience vraiment différente, et la société entière en sera transformée…

Est-ce qu’un société sans lois avec UNIQUEMENT ce schéma de pensée va apparaître demain matin ? probablement pas, car il faut du temps pour qu’une société sorte de son inertie… Et en plus, d’autres schémas de pensée encore plus complexes apparaîtront en même temps, et les anciens demeureront (l’évolution mémétique de la société se fait en couches successives, pas en remplaçant un paradigme par un autre)…

Mais on va y venir par étapes intermédiaires… de toutes façons, même sans rien faire, cela arrivera : de plus en plus de gens intègrent cette manière de fonctionner dans leur système nerveux.

Après tout, on s’aperçoit que ce mode de fonctionnement se répand même au sein de certains gouvernements : on peut citer l’Islande, qui, après la crise, a vécu une renaissance… L’Islande est maintenant un pays qui a un gouvernement, mais qui favorise l’apparition de cette organisation non hiérarchisée chez les citoyens…

On peut aussi citer la Norvège, par exemple, qui propose à ses citoyens de choisir où va aller l’argent de leurs impôts : malgré la présence d’un gouvernement, les citoyens peuvent donc librement choisir de financer l’éducation, la santé, la culture, ou le pôle qu’ils souhaitent, et la répartition des richesses devient alors vraiment contrôlable par les Norvégiens, bien plus efficacement que par le biais d’un vote…

J’ai lu quelque part que le gouvernement du Costa Rica se dirigeait dans cette direction, j’ignore si cela sera le cas, mais la disparition de l’armée du pays est un indicateur intéressant. Bien sûr, c’est facile de faire ce choix quand on a des alliés armés autour, je n’en suis pas dupe… cela dit, ce qui m’intéresse surtout, ici, c’est qu’une génération entière d’individus va apprendre à vivre sans armée dans une société industrialisée, et c’est assez nouveau.

On voit aussi cela maintenant aux pays bas, où les automobilistes n’ont plus de code de la route dans de nombreuses villes, et se comportent du coup de manière prudente avec tout le monde (et le nombre d’accidents, en pratique, diminue vraiment… cela parce que la société commence à être mûre pour ce genre de choses… ce qui n’était probablement pas le cas il y a 30 ou 40 ans…). On voit cela en Suède, où la sécurité routière passe par la conscience d’autrui plutôt que par la répression (il est d’ailleurs devenu socialement inacceptable de boire avant de prendre la route dans les pays scandinaves).

Bref, on voit peu à peu des gens se responsabiliser et ne plus avoir recours à un papa psychologique qu’est l’état pour mener leurs vies, et l’exemple du code de la route aux pays bas est assez intéressant : on se met à faire passer la conscience de l’autre avant les règles… on fait passer le fond (le but profond des règles) avant la forme (les règles)…

Je me souviens du tournage d’un documentaire, où, avec mon comparse, nous interrogions des individus en micro-trottoir en demandant « que peut-il se passer si on grille un feu rouge ? », en faisant de nombreuses variations sur la formulation de la question… la majorité des réponses étaient, en substance : « on risque une amende »… La majorité des gens, à l’époque (2007), et là où je me trouvais (sur Paris), n’était probablement pas focalisée sur l’intérêt des règles mais plutôt sur les règles elles-mêmes, ce qui n’est pas un jugement de ma part, mais un constat qui me laisse penser que les évolutions dont je parle ne peuvent pas être forcées tant qu’une certaine partie de la population n’est pas mûre pour de nouvelles idées.

Quoi qu’il en soit, il est important de considérer que sans le vote, sans le système actuel, le système suivant ne pourrait pas arriver, puisque chaque nouveau paradigme s’installe pour répondre aux problématiques que le précédent n’a pas su intégrer (ce qui explique, encore une fois, que je ne sois pas contre le vote, puisqu’il était logique qu’il ait lieu à un instant T)

Et d’ailleurs, je constate que ce que j’écris se retrouve maintenant un peu partout : je me sentais seul quand j’ai commencé à en parler vers 2006-2007… En 2012, beaucoup de gens tenaient un propos similaire, et en 2014, j’ai constaté que des médias mainstream commençaient à en parler (en télé, Alain Badiou a même tenu un discours similaire, et je vous invite vivement à écouter son discours)…

L’envie d’autre chose fait son chemin…

Quelles alternatives ?

Je ne vais pas expliquer chaque système alternatif à la démocratie par le vote, car ce serait un peu long et hors sujet. Mais vous pouvez évidemment faire vos recherches à partir de ce dont je parle. Tous ces systèmes marchent mieux que la démocratie, sur le papier, pour peu qu’on en respecte les postulats de départ (de ce côté là, c’est comme la démocratie, ça marche que si on est ok pour jouer le jeu)… On pourrait m’objecter qu’il faut voir comment ça se passe en vrai pour en être sûr, et je suis bien d’accord : je serai ravi de voir ces expériences se concrétiser. En attendant, je vous invite à rester hors du sophisme qui consiste à dire que si ça n’a jamais été essayé, alors ça ne peut pas marcher (sinon, aucun progrès ne serait possible en matière d’évolution sociétale).

Vous pouvez, par exemple, vous renseigner à propos du sociétalisme ou de la sociocratie… sur l’anarcho-capitalisme, ou sur la Minarchie, mais il en existe bien d’autres… Mon but n’est pas de faire naître ces systèmes, ils viendront si le contexte s’y prête… Je cherche juste à montrer qu’il est possible de sortir de cette croyance qui consiste à penser qu’hors de la démocratie, il n’y a qu’une dictature comme régime possible, et qu’hors du vote majoritaire, c’est nécessairement le chaos anomique (un univers-jungle à la Mad Max parfois confondu avec l’anarchie, qui est plutôt un système sans instance de décision identifiée et permanente).

Comme piste probable de réflexion pour la suite, en France ou ailleurs, on pourrait imaginer une réduction progressive de l’intrusion de l’état dans nos vies… On pourrait imaginer, par exemple un système comme la Minarchie, où l’état ne gère que les fonctions régaliennes (justice, police, armée)… le fait de voter ne concernerait alors que le modérateur que l’on élit pour utiliser un tel pouvoir régalien.

On pourrait prendre une étape intermédiaire plus douce, où, en plus de ces fonctions, l’état gérerait aussi des lois de base : ce qu’on appelle le droit positif… Ainsi, l’état ferait respecter le droit naturel de chacun (les droits qu’on ne peut violer sans accepter qu’ils soient violés pour nous aussi), et en plus de cela, il ferait respecter des conventions pour aider à vivre ensemble (tout en réduisant de plus en plus la quantité impressionnante de faux droits dans notre système) mais seulement quand les humains qui financent cet état le solliciteraient et certainement pas de manière systématique et absolue… Cette étape de transition très légère ne réglerait pas tous les problèmes, mais sociétalement ce serait déjà un changement énorme… Du coup, fatalement, le consensus prendrait de plus en plus de place, et le vote à la majorité ferait de moins en moins sens…

Notez que je ne suis pas en train de prêcher une utopie, puisque je propose des étapes concrètes pour arriver à d’autres formes de sociétés, et que ces étapes sont vraiment réalisables, ici et maintenant puisque ça a déjà eu lieu sous nos yeux… Je ne parle pas d’un état sans loi qu’on pourrait voir arriver dans 500 ans, je parle d’un truc concret que des gens sont de plus en plus nombreux à réclamer : des gens qui, ensemble, acceptent de partager une planète, et qui, pour pouvoir parfois vivre selon des conventions sociales, peuvent parfois avoir besoin d’un état pour faire l’arbitrage… quand ils en ont besoin et que le consensus ne permet pas de trouver une solution

Le piège serait de récupérer superficiellement ce paradigme gagnant-gagnant de manière superficielle : certaines personnes savent pointer les biais et problèmes fonctionnels de notre société actuelle, sans être capables de proposer des solutions fonctionnelles. Souvent, l’objectif est de faire du gagnant-gagnant, mais en utilisant des solutions issues du système actuel (ce qui, donc, ne marchera pas). J’en parlerai un peu plus dans les commentaires, car c’est une digression.

Pour conclure mon article, je vous invite à rester conscient et intègre avec vous-même, surtout lors de situations où tous les automatismes du cerveau humain peuvent vous piéger…

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7 réflexions sur “Voter, ou pas ?

  1. Je me demande en quoi cette contemplativité peut être plus fonctionnelle qu’une forme d’engagement plus violent capable d’accélérer une sélection artificielle qui peut être morale. Par exemple, un certain fédéralisme pourrait générer un anarchisme intéressant en animant un débat dynamique autour des notions de responsabilité individuelle et de conscience collective. Après tout ce blog ne semble pas avoir vocation à être commenté, mais quels enjeux te poussent à aller voter par exemple?

    • bonjour à toi

      Je me demande en quoi cette contemplativité peut être plus fonctionnelle qu’une forme d’engagement plus violent capable d’accélérer une sélection artificielle qui peut être morale.

      en fait, c’est fonctionnel selon les critères de chacun… je n’ai pas envie de faire usage de violence et de contrainte pro-active autant que faire se peut, surtout quand il s’agit de juger cet acte, a posteriori, en disant « qu’il peut être moral »

      quelque part, l’engagement dont tu parles, si je te comprends bien, implique quand même d’imposer sa volonté

      _____________

      « Par exemple, un certain fédéralisme pourrait générer un anarchisme intéressant en animant un débat dynamique autour des notions de responsabilité individuelle et de conscience collective. »

      je suis ouvert à l’idée, peux-tu développer ?

      ______________________

      « Après tout ce blog ne semble pas avoir vocation à être commenté, mais quels enjeux te poussent à aller voter par exemple? »

      je ne m’interdis pas d’y penser, mais en fait, force est de constater que pour l’instant je n’ai vu aucun intérêt à aller voter depuis déjà un paquet de temps… les fois où j’y suis allé, c’était au nom de croyances introjectées de mon entourage, mais ça remonte à une décennie, maintenant.

  2. Le souci, que tu votes ou pas, c’est que tu auras toujours une personnalité plus forte que les autres (pas forcément plus intelligente, créative ou souhaitant le bien de la communauté, hein!) qui va influencer son groupe… et qui va ainsi donner une impression d’accord général alors qu’au bout du compte, personne n’est d’accord.
    Plus le pays est grand, moins, à mon avis, il est possible de respecter les libertés (désirs, souhaits, …) individuels.

    Ou alors, au moment des impôts, c’est moi qui décide où j’envoie mes impôts (pour payer quoi : éducation, investissement économique dans les TPE, routes, santé … ) et j’ai un droit de regard sur leur utilisation (car les hommes politiques sont de toute façon très forts pour détourner l’utilisation première d’un impôt).
    Tout le reste, c’est du flan: si tu laisses une majorité décider, alors les dés sont pipés.

    (en tout cas, très bon article!)

    • tu pointes tout simplement les limites d’une croyance en un pays, en un état

      mais là encore, c’est comme tout : utiliser ces croyances comme un absolu n’est pas la même chose que les utiliser de manière consciente en sachant que la carte n’est pas le territoire

  3. On me demandait des exemples de récupération d’un paradigme gagnant-gagnant au profit d’une pensée plus simpliste :

    Je pense, par exemple, à Étienne Chouard, qu’on cite souvent pour énoncer des objections au système actuel (on voit sa pensée résumée dans cette vidéo).

    Je n’ai rien contre lui et ne le connais pas, et c’est un exemple parmi d’autres, mais il colle exactement avec l’idée d’une pensée qui simplifie le problème, et qui, elle aussi, va droit dans le mur. Étienne Chouard a saisi que l’avidité, le besoin de compétition et l’attrait du profit personnel au détriment de l’altérité, peuvent être un problème dans notre société. Cela dit, le souci est que le profit soit la valeur centrale de notre société, pas le profit en lui-même (cette première confusion est déjà un souci : être anti-profit pour des raisons idéologiques n’est pas une solution viable, puisqu’elle se base encore une fois sur l’imposition de nos valeurs sur autrui)

    Ensuite, Chouard ne cherche jamais à travailler pour améliorer fonctionnellement l’intérêt des pauvres, mais simplement à réduire le niveau de vie des riches (jolie distinction hypnotique totalement fictive entre des « riches » et des « pauvres », avec la croyance qu’il y a un moment où ça devient objectif)

    Par ailleurs, il prône des systèmes de loi ne réagissant que par la répression et non à la satisfaction des besoins profonds des personnes violant ces lois (donc, le problème continuera). De même, il condamne toute forme de profit personnel ou de réussite sociale au delà d’un certain point. Si cela devient de plus en plus futile au fur et à mesure qu’un individu fait du gagnant-gagnant, je fais une nette différence entre lâcher prise par rapport à son envie de profit, et ne pas faire de profit parce que c’est « interdit »… Encore une fois, ce qu’Etienne Chouard propose, c’est une forme de société ne laissant pas réellement place à des formes de générosité spontanée.

    Le second truc qui me fait tiquer, c’est qu’il croit encore à un intérêt général identifiable et satisfaisable par la décision consciente d’individus qui « prennent le pouvoir »… J’en ai parlé plus haut, je n’y reviens pas.

    Le troisième truc qui me fait tiquer, c’est qu’il base encore toute sa réflexion sur le fait qu’il faut que quelqu’un gouverne, et qu’il y ait une instance générale de décision. Du coup, sa solution d’élire des gouvernants au hasard en les punissant s’ils ne respectent pas leur fonction pourrait fonctionner (mathématiquement, elle est très pertinente), mais elle pose encore le souci éthique qu’il y a à forcer les humains à se plier à la volonté d’autres humains (et d’ailleurs… fondamentalement… elle force quelqu’un qui n’aurait pas envie de gouverner à endosser un rôle qu’il n’a pas envie de tenir). Je trouve touchant qu’il dise qu’il n’a plus envie d’avoir de papa psychologique qui décide tout à sa place (vers 1 heure et 3 minutes de vidéo), et qu’il réalise le biais qu’il y a à penser que démocratie=élections… Mais c’est encore un papa psychologique qu’il veut installer pour lui avec son système… Fondamentalement, toutes les solutions qu’il propose en pensant apporter des idées novatrices ne sont que des variantes de solutions déjà en place dans le système actuel… A les appliquer, y’a pas grand chose qui changerait. A la rigueur, son système serait intéressant comme système transitoire, parce qu’un peu moins dysfonctionnel que le système de vote actuel, mais resteraient les mêmes problèmes…

    Le quatrième truc qui me fait tiquer, c’est qu’il n’a pas intégré une pensée relativiste dans son discours. J’en veux pour preuve ses réflexions sur la limitation du revenu et sur la propriété avec des mesures absolutistes pour essayer de rendre les gens égaux au détriment de leurs différences (c’est emmerdant quand même, avant d’être des citoyens ils sont humains… je dis ça je dis rien, mais ce serait peut-être cool de pas l’oublier)

    Bref… avec déjà tous ces éléments, vous avez la possibilité de voir nettement la différence entre les valeurs de surface et les valeurs profondes, qui peuvent souvent être en grand décalage

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