Et si les humains arrêtaient un peu de mourir de temps en temps ?

Hop là, une nouvelle vidéo sort, et voici donc les points que je n’ai pas développés dans la vidéo…

Pierre de Ronsard, virtuose technique

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant le face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Pierre de Ronsard (1524 – 1585)

Diantre, que je trouve ce sonnet virtuose : Ronsard est à son apogée technique et artistique et nous pond un sublime adieu au monde… Le second vers est à lui tout seul une oeuvre d’art, ciselé à la perfection tant dans sa métrique que sa sonorité :

décharné, dénervé, démusclé, dépulpé

On appelle ça un tétramètre isochrone anapestique (quatre parts égales, deux syllabes courtes et une syllabe longue)… cette précision n’est pas des plus utiles, mais il est rare que j’aie l’occasion d’écrire tétramètre isochrone anapestique, et qui sait ? peut-être que ce terme vous permettra d’amener dans votre lit une personne avec de la culture littéraire (pour moi, ça a marché)…

Même si Ronsard émet des doutes quant à sa vocation de poète (j’en parle dans la vidéo), son sonnet est teinté d’une certitude très chrétienne de survivance de l’âme après la mort (puisqu’il va « préparer la place » pour ses amis). Ce qui m’amène à me demander la chose suivante : les humains se construiraient-ils des croyances à propos d’une survivance de l’âme pour apaiser leur peur de la mort, si jamais ils ne mourraient que d’accident ?

Il existe, bien sûr, tout un tas de croyances, à l’heure actuelle, qui ne disent rien à propos d’une vie après la mort, que ce soient des croyances épicuriennes du style « si je suis mort, je ne le sentirai pas, donc pas de raison de craindre le mort », ou des croyances affirmant qu’il n’y a rien après la mort et que c’est bien comme ça…

Je n’ai absolument aucune idée de la manière dont la majorité des gens percevra la mort dans l’avenir, a fortiori si on a accès à des technologies retardant le vieillissement, et je serais intéressé par vos opinions, vos intuitions, que vous pouvez poster en commentaire… Là, on nage vraiment dans la spéculation, je suis juste curieux de savoir comment les gens qui me lisent imaginent le futur 🙂

Cryonique et mort informatique

En fait, la société Alcor décrit la cryonique comme une extension de la médecine d’urgence. Derrière cette description, il y a un recadrage intéressant autour de la notion de mort clinique.

Qu’est-ce qui fait qu’on déclare une personne cliniquement morte ? Cette notion a, en effet, évolué plusieurs fois dans l’histoire, en fonction de notre compréhension de la médecine. On pourrait dire qu’être cliniquement mort, c’est être dans un état que l’on n’a pas de moyen d’inverser avec nos moyens actuels (connaissances, compétences, contexte…).

Ainsi, à une époque où l’on ignorait l’activité cérébrale et la réanimation, une personne était cliniquement morte lorsqu’elle ne respirait plus. A notre époque, déclarer quelqu’un cliniquement mort demande de valider plus de critères que précédemment (à noter qu’il y a légalement une différence entre mort clinique et mort cérébrale, d’ailleurs).

En fait, la cryonique est une technique qui se justifie par le postulat que, dans un avenir plus ou moins proche, il existera des techniques permettant de ranimer des patients qui ont perdu conscience à l’instant T.

Il y a plein d’incertitudes quant à cette technique et je ne me risquerais pas à dire qu’elle garantit d’être ranimé un jour, mais d’un autre côté, elle n’est appliquée que sur des personnes qui en ont fait le choix (et qui on payé pour cela, mais c’est moins hors de prix qu’on pourrait l’imaginer), et surtout, elle n’est appliquée que sur des personnes qui sont déclarées cliniquement mortes (légalement, faire cela sur une personne encore vivante serait un homicide).

La définition de la mort utilisée pour justifier la cryonique, est la mort informatique… Par informatique, je ne fais pas de comparaison entre un cerveau et un ordinateur, non, je parle simplement de la perte des informations qui fait que « je » suis « moi » et que « vous » êtes « vous ».

En gros, l’espoir de la cryonique (donc, sans garantie scientifique aucune), c’est que le gros des connexions neuronales sont conservés telles quelles un certain temps après la mort… C’est à dire que la grande majorité de votre système nerveux pourrait être conservée en parfait état en attendant que la médecine puisse réparer un corps.

Pour les gens qui pensent que la cryonique est un choix plausible, un humain n’est définitivement mort que lorsque son corps est totalement détruit et qu’il est impossible de retrouver les données (donc, a priori, dans un état de dégradation bien pire que celui d’une personne qui vient de mourir de vieillesse ou d’un accident tel qu’un AVC)

En gros, c’est une affaire de probabilité : si on choisit d’être enterré ou incinéré, on sait que le corps sera complètement irrécupérable, et les chances de survie sont de zéro, mais si on choisit d’être vitrifié par la cryonique, alors, peut-être qu’il est possible de s’en sortir… c’est peut-être une chance nulle ou très faible, mais ça vaut statistiquement mieux qu’une certitude de ne pas survivre…

Incertitude face à la surpopulation

On entend souvent l’idée que la longévité accrue conduirait à la surpopulation.

J’ai déjà survolé le sujet dans la vidéo, en disant qu’il est possible que les gens aient moins envie de se reproduire, mais je dois reconnaître que rien ne permet de l’affirmer : si on vit mille ans, on aurait peut-être envie de revivre l’expérience de la parentalité plusieurs fois.

D’un autre côté, en autant de temps, il se passe beaucoup de choses à l’échelle d’une civilisation, et il est possible que la colonisation spatiale rende ces préoccupations insignifiantes, ou qu’un autre événement qu’on ne peut pas prévoir aujourd’hui arrive également.

A l’heure actuelle, je rajouterais que la longévité importe moins que la fécondité : en effet, au fur et à mesure que se développent les sociétés, la natalité chute et la population tend à moins croître, alors même que la longévité augmente.

Le calcul est en fait assez simple : il suffit que le taux de natalité soit légèrement inférieur à 2 enfants par femme, et la population tend à décroitre ou à stagner. Bien sûr, l’on peut se demander ce que signifierait ce taux, et comment extrapoler à partir des données actuelles, dans une société où l’on vivrait mille ans, mais manifestement, la surpopulation n’est pas le danger principal que risque d’affronter notre civilisation.

Si le sujet vous intéresse, je vous renvoie à une vidéo de la chaîne Dirty Biology, sur ce sujet, et à cet article de l’AFT Technoprog.

Néanmoins, il est toujours délicat de faire des prédictions, et il est difficile d’infirmer avec certitude l’hypothèse de la surpopulation, disons simplement qu’elle est plus improbable que son opposée 🙂

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