Faisons nous chier les un.e.s les autres… bande d’enfoiré.e.s

Bon, et bien ça faisait un bail que j’avais pas écrit… Alors, comme dit Végéta, dans DBZ abrégé : je suis de retour !

Comme souvent, quand il y a plein de digressions et de précisions que je ne peux pas mettre en vidéo, je m’y colle dans un article. Comme d’habitude, ce n’est pas un fil de pensée linéaire, ce sont des réflexions classées par sujet, et l’article a peu d’intérêt si vous n’avez pas vu la vidéo :).

A quel point la langue transforme-t-elle la pensée ?

Dans la vidéo, je parle de la différence entre le concept de « nature » dans les langues latines, et le concept de « Ziran » (ce qui arrive spontanément), en chinois.

Le sous-entendu latin est donc un état du réel, tel qu’il est apparu à son origine, là où le sous-entendu chinois est plutôt un processus, qui amène les choses à se produire…

De là à dire qu’un locuteur d’une langue latine sera plus enclin à être conservateur à propos de ce qui est « naturel », parce qu’il pense inconsciemment que ce qui est « naturel » est ce qui était là depuis le début, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas…

Les mots changent parfois de sens avec le temps (on appelle ça un « glissement sémantique » chez les linguistes), et au cours d’une conversation, il vous est peut-être arrivé de vous rendre compte que vous n’utilisiez pas un mot dans avec la même acception que vos interlocuteurs… De la même manière, certaines personnes sont dérangées par un mot parce que l’origine du mot les renvoie à une charge émotionnelle qui n’est pas partagée par d’autres personnes…

Donc, au sein d’un langage, l’étymologie des mots est loin d’être le seul facteur qui détermine la charge émotionnelle d’un mot, ou la manière de penser : il y a plusieurs paramètres qui s’influencent les uns les autres.

Dans le film « les petits mouchoirs« , le personnage d’Eric commente la vue d’un paysage en disant « c’est mortel ! », et son ami Nassim le reprend en lui disant que « mortel » est un mot très grave, et que ce n’est pas une bonne idée d’utiliser ce mot… En fait, Nassim ne parle pas du mot, mais de l’émotion à laquelle ce mot le renvoie, et en disant « n’utilise pas ce mot », il parle simplement du sens que, lui, prête à ce mot, sans reconnaître qu’Eric peut dire « mortel » en n’étant pas du tout en train de pensée à l’idée de mort…

C’est d’ailleurs cette façon de penser, utilisée de manière plus agressive, que je vois le plus dans les débats politiques que j’ai l’opportunité de voir.  Je ne parle pas de choisir une sémantique pour mieux vendre un produit ou pour décrire le réel, je parle du procédé qui consiste à contrôler le cadre de pensée (et l’interaction qui va avec, dirait Chomsky), en refusant de reconnaître qu’on peut associer plusieurs mots au même concept, et plusieurs concepts au même mot.

L’article me donne le luxe de donner quelques exemples que je n’avais pas le temps de lister en vidéo, et peut-être que vous les connaissez déjà :

  • débats autour du végétarisme : certains militants veulent également qu’on arrête de parler de « steak de soja » ou de « lait d’amande »… Ici, le choix d’appeler une boisson « lait de soja » plutôt que « préparation à base de soja » revient à considérer une seule définition du mot lait, là où manifestement il y a eu un glissement sémantique (« lait » renvoie, pour certaines personnes, à un liquide blanc qu’on boit et pas forcément à un liquide qui sort des mamelles d’un animal)
  • débats autour du végétarisme (bis) : certains militants veulent qu’on appelle la viande « cadavre » (ce qui, techniquement est vrai), et en viennent, du coup, à appeler « charognards » les humains qui mangent de la viande s’ils ne tuent pas les animaux qu’ils mangent eux-mêmes… Ici, cette sémantique revient à simplifier le réel avec des cases qui ne tiennent pas compte de la diversité des spécialisations de l’espèce humaine (ce que font nettement moins les autres animaux)
  • débats autour du travail : des politiciens s’écharpent quant aux sommes qui doivent être payées à l’état lorsqu’on engage un salarié… Certains appelleront ça des charges sociales, d’autres des cotisations, chacun reprochant à l’autre que le terme employé ne reflète pas la réalité
  • l’usage de mots différents pour donner une autre saveur à ce que l’on vend : un prof de yoga ne draine pas les mêmes élèves s’il parle de postures, ou qu’il emploie le terme « asana » (quitte à les nommer en sanskrit, une par une)… et de même, l’ambiance d’une entreprise n’est pas la même selon qu’on parle d’ateliers de cohésion de groupe, ou qu’on parle de sessions de team building

Mais l’exemple qui me semble le plus pertinent, puisqu’on parle de langage, est la promotion de l’écriture inclusive.

En soi, je n’ai rien contre le fait de changer les mots qu’on utilise, ou d’inventer de nouvelles graphies. Comme acte symbolique pour exprimer ses valeurs, ça ne me pose vraiment aucun problème, et selon les valeurs exprimées, je serais même plutôt enclin à soutenir ce genre de démarche…

Ce qui m’inquiète un peu, en revanche, c’est la démarche qui consiste à considérer que le langage utilisé hors de l’écriture inclusive serait intrinsèquement sexiste (or, on l’a vu, la correspondance sens-mot n’est pas gravée dans le marbre).

Des tenants de l’écriture inclusive (pas tous, fort heureusement), n’hésitent pas à affirmer que cette mesure est le seul chemin vers un monde où les femmes seraient considérées par la société, quitte à affirmer que les hommes qui ne veulent pas l’utiliser sont des masculinistes qui méprisent les femmes (et si c’est une femme, on dira que cette femme est manipulée pour être soumise au patriarcat)…

En gros, ce n’est pas l’envie de changer l’orthographe que je trouve douteuse, c’est le fait de vouloir imposer ce changement comme norme sociale, tout en racontant une histoire où le méchant est celui qui refuse d’utiliser cette écriture (quelques autres articles à ce sujet, ici, ou ici)

Notez, d’ailleurs, que cette croyance, selon laquelle il n’y a qu’un seul concept associé à un mot, ressemble un peu à celle selon laquelle il n’y a qu’une seule intention qui peut être liée à un acte donné… En dehors d’une situation de traumatisme émotionnel, il peut sembler évident qu’une seule action peut être motivée par plein de raisons différentes, et qu’on ne connait pas les intentions d’autrui, mais en général, il suffit de trouver le bon sujet pour qu’une personne donnée se mette à interpréter le réel en fonction de la narration en laquelle elle croit…

C’est ainsi qu’à propos d’un même phénomène de société, ou d’une même mesure politique, on pourra voir pêle mêle des féministes y voir une domination patriarcale, des marxistes y voir une lutte de classe, des capitalistes y voir un délire communiste, et d’autres y voir un complot judéo-fascisto-maçonico-illuminati…

Pour l’anecdote rigolotte, quand j’ai publié la neuvième chronique d’Après-Demain, j’ai été amusé de la diparité des commentaires me prêtant un bord politique : j’ai vu des gauchistes dire que j’étais en faveur de l’oligarchie ultra-néolibérale, des libertariens supposer que j’étais mélenchoniste, et des gens de droite ironiser sur mon côté « anar de gauche »…

Manifestement, quand on fait de l’interprétation, on parle de soi autant qu’on parle d’autrui, et c’est pour cette raison que l’un des accords toltèques est de « ne pas faire de supposition »…

Faire de l’interprétation des intentions d’autrui revient à lui prêter un propos qui n’est pas le sien (ce qui revient à commettre un sophisme de l’homme de paille), et ça ne favorise pas vraiment le dialogue avec autrui.

Et pourtant… Faire de l’interprétation revient encore à se raconter une histoire (toujours les narrations dont je parle dans la vidéo)… C’est l’interprétation qui permet d’imaginer les réactions d’un autre être vivant (que ce soit pour la chasse, la séduction, la vie en société, ou n’importe quoi d’autre), et c’est l’interprétation qui permet de fluidifier les interactions sociales lorsque des humains partagent les mêmes allant-de-soi…

 

Racisme narratif, racisme neurologique (ou sexisme, spécisme, etc…)

Toujours dans le genre « les interprétations qu’on fait pour voir l’ennemi central d’une narration », je suis assez perplexe devant les discours que je vois en général sur le racisme et le sexisme (et parfois le spécisme).

Comme souvent quand il y a un plusieurs concepts qui sont désignables par le même mot, il y a le risque de perdre de l’information.

Dans le cas du mot « racisme », il peut désigner :

  • une idéologie, une narration élaborée qui estime qu’il y a une hiérarchie entre des catégories d’êtres humains, ou que certaines catégories ont une place précise dans le monde (quitte à prôner l’usage de la violence pour mettre en place une telle organisation ou maintenir cette organisation coûte que coûte)
  • des stéréotypes, basés sur notre vécu et les informations que nous avons reçues (fussent-elles erronées). Nous ne savons pas « ne pas faire de modèle du monde » (ou d’interprétation ou de narration). Ce qui signifie que biologiquement, nous sommes calibrés pour avoir ce genre de stéréotypes.

Je trouve qu’il y a un réel problème à utiliser un terme fourre-tout pour un sujet aussi important… Je ne sais pas pourquoi je vois la plupart des gens amalgamer les deux notions : manipulation ? naïveté ? ignorance ? habitude de voir les stéréotypes mener à une narration élaborée ? aucune putain de foutue idée…

Toujours est-il qu’il me semble très problématique, toujours pour communiquer avec autrui, de considérer que ses stéréotypes sont le signe qu’il croit en une idéologie raciste, sexiste, ou autre… Avoir des stéréotypes ne veut absolument pas dire que l’on a des prescriptions politiques, loin de là…

Ce qu’on appelle une preuve

Dans la vidéo, je parle de la science empirique, qui consiste à prouver qu’un phénomène existe. C’est aussi la science des études randomisées en double aveugle pour voir si un médicament marche quand même si la personne n’y croit pas…

Mais quand on parle de science narrative, qu’est-ce qu’on prouve ? Comme je le disais dans la vidéo, il n’est pas possible de ne pas faire de narration quand on étudie des systèmes chaotiques et il est problématique de croire en une narration… Alors qu’est-ce qu’on fait de cette branche de la science ?

Il y a une chiée d’auteurs qui se sont penchés sur ce problème : Bachelard, Popper, Lakatos, Taleb, Wittgenstein, et bien d’autres, il y en a des caisses…. En gros, le travail de ces gens là permet de répondre à la question « comment on fait pour faire de la bonne science narrative ?” …

Comment se sert-on de cette capacité du cerveau à se raconter des histoires pour que ça nous profite et non pour que ça nous nuise ?

En fait, il faut comprendre que la seule certitude qu’on peut avoir quant à une narration, c’est qu’elle est fausse… Une théorie qui a toujours marché ne peut pas être considérée comme vraie : elle peut juste être considérée comme une théorie qu’on n’a pas démontrée comme fausse, et il me semble important de ne pas confondre les deux.

En science, on ne teste pas une théorie pour trouver des preuves qui la valident, on teste “contre” une théorie : pour pouvoir la réfuter… La réfutabilité est l’un des piliers de la pensée scientifique pour certains philosophes, car ainsi, on sait exactement quel type de contre-exemple on doit trouver pour réfuter une théorie (et ainsi savoir qu’une narration est fausse). D’une certaine manière, il est utile de vérifier une théorie en trouvant des éléments qui la valident, mais c’est dans la recherche de réfutation qu’on voit ce qu’une théorie a dans le ventre.

Pour réfuter une théorie, il faut se poser la question : “comment est-ce qu’on sait qu’on sait ?”. Cette question est la base d’une discipline qui s’appelle l’épistémologie, et je trouve passionnant le fait que parmi les gens que je rencontre ou dont je regarde le travail, la grande majorité des techniciens, ingénieurs et chercheurs en sciences, ne soient pas ou seulement très peu formés à l’épistémologie… 

Notez que cette question (« comment je sais que je sais ») revient à questionner des allant-de-soi. Ainsi, un humain qui veut exploiter son modèle du monde pour pouvoir anticiper le réel (et survivre, voire améliorer son confort), va devoir couper court à la réflexion à un moment ou à un autre. Et il me semble certain qu’il y aura une partie du savoir disponible pour les humains que notre génération ne pourra pas saisir, et que ce seront les générations suivantes qui questionneront un peu plus loin nos allant-de-soi.

On en revient toujours à la même idée : les humains ne peuvent pas se passer d’arbitraire… Même en cherchant à réfuter une narration, on réfute sur la base d’allant-de-soi qu’on n’a pas remis en question (pas forcément par aveuglement ou par fainéantise, simplement par manque de temps, ou parce que, pour l’instant, certains allant-de-soi semblent trop évident pour qu’on sache par où on devrait commencer à les questionner).

A ce propos, d’ailleurs, je suis fasciné par un mécanisme que j’ai beaucoup observé chez d’autres youtubeurs (de tous types de milieux) : d’abord, un youtubeur ou une youtubeuse commence par invalider des narrations…

On appelle ça poliment du débunkage, plus crûment du clash, parfois de la déconstruction, mais dans tous les cas, une personne fait des vidéos (ou écrit des articles) pour déconstruire une narration…

Et là, je bois du petit lait : je vois des youtubeurs de gauche invalider des narrations de droite et des zététiciens démonter des narrations pseudo-scientifiques, je vois des youtubeurs conservateurs décortiquer les élucubrations de progressistes enflammés, et je vois ces mêmes progressistes faire voler en éclats les mythes des conservateurs…

Quand ces youtubeurs acquièrent une certaine notoriété, ils commencent peu à peu à déverser leur idéologie/narration favorite en ne semblant plus du tout questionner leurs allant-de-soi… C’est en général le moment où j’ai moins de joie à les suivre.

En écrivant cela, je me demande si, moi aussi, j’atteindrai cette étape où, n’ayant plus rien à dire, je me mettrai à remplir le vide avec mes croyances. J’essaie d’assumer mes narrations dans mes vidéos en disant « ma conviction personnelle, c’est que… », et j’essaie de garder Après-Demain comme hobby et non comme projet professionnel, mais sait-on jamais : si un lecteur bienveillant me repère en train de faire ça et me le fait remarquer je serai reconnaissant (peut-être pas dans l’immédiat, mais ça c’est normal, mon ego sera probablement mécontent).

Toutes les narrations valent-elles le coup ?

Dans la vidéo, j’encourage à se familiariser avec plusieurs narrations pour pouvoir élargir son cadre de pensée.

Pour autant, toutes les narrations ne se valent pas à mes yeux, et je fais une nette différence entre les narrations qui sont cohérentes, si on admet arbitrairement les allant-de-soi sur lesquels elles sont basées, et les narrations que je considère comme foireuses, pour diverses raisons :

  • les narrations basées sur des axiomes déjà réfutés (prouvés comme faux par des contre-exemples)
  • les narrations qui contredisent leurs propres axiomes (il n’y a pas de « races » chez les humains, mais on va décrire certaines couleurs de peau comme de gens « racisés » afin de valider l’idée qu’il y a des ennemis racistes)
  • les narrations auto-validantes basées sur des axiomes impossibles à réfuter (« un homme est toujours un oppresseur sexiste, et s’il dit qu’il n’est pas sexiste, c’est qu’il ne le sait pas »)

Dans le cas du politiquement correct, par exemple, certains courants bien-pensants ont souvent tendance à osciller entre ces trois points, mais on pourrait dire la même chose de narrations au sujet de la médecine, du fonctionnement de l’esprit humain, ou des lois de la physique.

Cela ne veut pas dire pour autant que je veux jeter aux ordures toute narration qui rentre dans l’une des trois catégories citées à l’instant, mais je préfère les prendre avec d’énormes pincettes… Pour autant, il m’arrive parfois de me documenter sur certaines narrations qui rentre dans ces catégories, juste pour le plaisir de me nourrir d’idées auxquelles je n’aurais pas pensé (il n’y a pas de tabou d’idées en science, c’est au niveau de la méthodologie qu’il faut être psychorigide, et non au niveau des hypothèses).

Des stratégies pour faire co-exister plusieurs narrations

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut absolument se familiariser avec plusieurs narrations ou que devenir plus adaptable à l’incertitude est une nécessité dans l’absolu (la preuve, plein de gens vivent leur vie sur la base de mono-stratégies).

J’ai juste envie de parler d’une manière de fonctionner que je n’ai pas beaucoup vu dans le monde, et qui, à mon avis, changerait beaucoup les rapports humains.

Voici quelques idées, pour élargir votre cadre de pensée :

  • Apprenez d’autres langues : même si, un jour, on a accès à ces super traducteurs numériques en temps réel, ces traducteurs choisiront arbitrairement les correspondances quand il y a des doubles sens, et à moins que le traducteur ne prenne le temps de vous expliquer un jeu de mots à l’oreille, ou une ambiguïté, vous serez probablement nourri par le fait d’étudier la structure d’autres langues… Si vous ne parlez pas d’autres langues, tâchez au moins de les survoler, pour vous rendre compte qu’il y a mille manière de penser le monde, et de découper le réel en petites cases… Se rendre compte qu’aucun de ces découpages en cases ne va de soi est un trésor pour l’esprit, de mon point de vue…
  • Choisissez parfois du contenu au hasard : livres, films, vidéos, formations (gratuites ou payantes)… Parfois, pour éviter de vous mariner dans un vase clos, et d’être toujours exposé aux mêmes sources d’information, il peut valoir le coup de ne pas savoir ce qu’on achète ou ce à quoi on s’expose… En procédant ainsi, je m’expose à des points de vue que je n’aurais pas émotionnellement été solliciter. Je subis parfois des déconvenues, évidemment, mais cela fait partie d’une stratégie plus globale, et c’est le prix que je paye volontiers pour être surpris.
  • Apprenez à défendre les narrations que vous n’aimez pas : je ne parle pas des narrations qui se contredisent ou se valident toutes seules, mais de celles qui se tiennent logiquement alors qu’elles sont basées sur un arbitraire que vous n’appréciez pas.
  • Apprenez à être lucide sur le prix de vos convictions : si vous valorisez l’utilitarisme, apprenez à ne pas vous cacher derrière le camp du bien pour agir, et si vous valorisez le consentement individuel, ne vous voilez pas la face dans les situations éthiques douloureuses où il est impossible de respecter le consentement de chacun…
  • Mettez du hasard dans vos choix : peut-être pourrez-vous parfois faire des choix allant à l’encontre de vos convictions émotionnelles, juste parce que c’est le hasard… pour voir… (ça semble étonnant, peut-être, et on en reparlera dans la prochaine vidéo)

A force d’être capable de penser le monde en plusieurs dimensions, il est possible que cela change un peu la manière dont vous perçoivent les gens que vous connaissez… Pour ma part, je suis considéré comme à gauche par mes amis de droite, et… à droite par mes amis de gauche… Là encore, je pense qu’ils parlent d’eux et qu’ils utilisent les cases qu’ils ont à leur disposition (quel dommage de n’avoir qu’un seul jeu de cases, du coup, car ça diminue la qualité de la discussion, à mon humble avis).

Parfois, cela pourra créer quelques problèmes relationnels : il n’y a pas de bon hérétique pour une personne qui croit très fort à un mythe fondateur, et elle pourrait vous ranger dans la case qui arrange sa narration, sans réellement prendre le temps de vous comprendre…

Cela étant dit, la plupart des gens vivent cela au quotidien : le fait d’être étiqueté ne vient pas particulièrement de la manière de penser que je décris… Par contre, on s’en rend plus compte au fur et à mesure qu’on a un niveau d’attention alloué à cela. En contrepartie, on devient plus à l’aise pour repérer les personnes avec lesquelles on peut vivre une interaction d’une autre qualité, cette fameuse interaction où l’on cherche à cocréer une réalité commune.

 

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2 réflexions sur “Faisons nous chier les un.e.s les autres… bande d’enfoiré.e.s

  1. «  »Quand ces youtubeurs acquièrent une certaine notoriété, ils commencent peu à peu à déverser leur idéologie/narration favorite en ne semblant plus du tout questionner leurs allant-de-soi… C’est en général le moment où j’ai moins de joie à les suivre. » »

    Je valide. J’ai ressenti la même chose sur plusieurs groupes zététiques, notamment la TeB pour ne pas les citer (et ils ne sont pas les seuls hein!). J’avais pressenti les bases, sans que ça soit envahissant, sauf que popularité grandissant, le discours devient plus marqué. Et le faire remarquer n’est pas bien vu évidemment (enfin évidemment… On verra comment toi même tu réagiras le jour où cela t’arrivera ahah), autant par les protagonistes eux-même que par les groupies.

    Je déborde un peu mais j’imagine que c’est dans l’esprit du site. J’en suis venu à me poser la question en quoi la notoriété amène à ces discours. Je pense pas qu’ils se disent (en simplifiant) « je suis connu, je peux me permettre ». Mais plutôt qu’ils sont reconnus dans un premier temps pour leur « travail », ce qui amène plus de personnes, donc plus de personnes partageant les mêmes croyances (sans que ça soit pour ça qu’ils sont là, et qui d’ailleurs ne s’en rendent pas forcément compte) et qu’il vient un moment où ces croyances, parce que partagés par un plus grand nombre, vont être considérées pour acquises, comme vraies pour la grande majorité.

    Ca me fait penser à une citation que je n’arrive plus à retrouver l’exactitude mais qui dit en gros que quand tout le monde est d’accord, c’est qu’il y a un souci.

    • Salut !

      Je suppose que la notoriété permet de se placer en position de chaman culturel, mais je pense qu’il y a autre chose : lorsqu’un projet qui a pour but d’informer est terminé, cela vaut-il le coup de continuer ?

      J’ai vu des associations militant pour des causes, qui, une fois qu’elles avaient obtenu ce qu’elles voulaient, se cherchaient un nouveau combat, parce que le groupe était nourrissant à un autre niveau que la cause elle même… Certains préféraient même continuer leur combat parce qu’elles en avaient besoin (j’ai vu des militants anti-corrida refuser d’appuyer une loi, car sinon, leur combat se serait arrêté, par exemple).

      Je suppose, donc, que beaucoup de youtubeurs viennent pour déconstruire un allant-de-soi, mais restent ensuite parce que la position leur plait, indépendamment de la démarche… Pour éviter ce piège, j’essaie de ne faire des vidéos que lorsque je ne force pas pour parler d’un sujet, et j’essaie de ne pas dépendre financièrement de ce projet (comme je ne veux dépendre exclusivement d’aucune de mes activités)… Il est probable que ça n’évite pas totalement le piège, et il est possible que je sois moi aussi dans le déni, si jamais ça m’arrive :p (on verra bien 🙂 )

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